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Enseignement 2016-17 
 

  • Lecture de Freud : Abrégé de psychanalyse.
          Cédric Levaque et Nicole Stryckman
            à Bruxelles, le 2ème jeudi du mois de 20h30 à 22h30  Voir la présentation

  • Lecture de Lacan: Le séminaire, livre X, « L'angoisse ».
          Didier Ledent et Antoine Masson
          à Bruxelles, le 3ème  lundi du mois de 20h30 à 22h30  | Voir la présentation

     
  • Thèmes fondamentaux : le corps, le réel et les pulsions.
         Patrick De Neuter
            à Bruxelles, un mercredi par mois de 20h30 à 22h15  | Voir la présentation

 

 

L'enseignement au sein d'EaB
 

Le signifiant « enseignement » ne s’accorde guère avec celui de « psychanalyse » et cela pour diverses raisons.

Relevons d'emblée l’antipathie existant entre le savoir qui peut se transmettre et celui qu’enseigne la cure. On sait les oppositions classiquement soulignées entre l’enseignement sur la psychanalyse et l’enseignement de la psychanalyse, entre le savoir sur la psychanalyse et celui qui se dégage de la psychanalyse, entre le savoir qui s’acquière grâce à l’expérience dans le transfert et celui qui se reçoit lors d’un exposé ex-cathedra[1], entre le sujet intentionnel – autrement dit, le moi conscient- et le sujet de l’inconscient.

La place et la fonction du savoir de l’analyste dans la cure ne vont également pas de soi. Lacan en était arrivé à affirmer que le savoir du psychanalyste consistait à savoir oublier ce qu’il savait, indiquant qu’à chaque nouvelle cure, il s’agissait d’être attentif à ce qui pouvait s’y entendre d’inouï, d’inédit et de tout à fait singulier à tel sujet, plutôt que d’être attentif à ce qui viendrait confirmer la théorie. Néanmoins, l’expérience montre que plus son bagage théorique est léger, plus l’analyste a tendance à l’appliquer de façon répétitive et simpliste aux dires de ses analysants. Un large bagage théorique le rend par contre sensible à la complexité des processus psychiques, à l’extrême variabilité des subjectivités et à l’immuabilité des structures. C’est ce que Freud exprimait lui-même en s’opposant aux généralisations car aucun analysant n’y correspond jamais.

Il est donc important que l’analyste en sache un bout et plutôt un bon bout qu’un petit bout. Lacan appelait cela la « docte ignorance »[2], ce qui désigne une autre ignorance que celle de Socrate qui sait qu’il ne sait pas. Lorsque Lacan emprunte cette expression à Nicolas Cues, il est probablement sensible au fait que pour atteindre un savoir certain, le sujet doit renoncer à la prétention de connaître seul la vérité et s’ouvrir à l’écoute de l’autre[3]

Mais par quelles voies autres que la cure transmettre ce savoir qui s’en dégage ? En effet, ce n’est pas parce que l’enseignement se heurte à certaines difficultés qu’il ne doit pas être mis en place. Ce n’est pas parce que la vérité ne peut que se mi-dire que l’analyste-enseignant est condamné à se taire.

Partons de ce qu’un tel enseignement ne doit pas être.S'il est nécessaire d’en passer par les signifiants de Freud et de Lacan, il importe de ne pas y rester fixé voire aliéné. Il ne peut s’agir de répéter Freud, Lacan ou qui que ce soit. Si géniaux fussent-ils, il ne s’agit pas de célébrer religieusement leurs découvertes. Par contre, le transfert sur ces fondateurs (il n’y a pas de transmission psychanalytique sans transfert) doit être à l’origine d’une perlaboration, d’un engagement de « l’enseigné » à partir de ce que lui a enseigné sa propre cure. L’ « enseigné » devenant ainsi fondamentalement « enseignant » et ce, au même titre que « l’enseignant » responsable. C’est pourquoi le signifiant « atelier d’enseignement » nous semble mieux convenir que celui de séminaire et, à fortiori, celui de cours. Il en est de même des signifiants « conférences-débats » et « journées d’étude », autres formes d’enseignement, plus ouvertes à la recherche actuelle et aux audiences plus larges.

Un enseignement psychanalytique tient compte donc de la différence déjà mentionnée entre le savoir qui se peut transmettre dans les activités d’enseignement et celui, moins dicible, qu’enseigne la cure. Cependant, l’enseignement visera à ouvrir l’écoute de chacun au savoir issu dans sa propre cure ainsi que celui qui se dégage de sa pratique psychanalytique. Il veillera donc à ce que la théorie ne soit pas envisagée comme oblitération du Réel de la clinique mais, au contraire, comme tentative toujours incomplète d’imaginariser et de symboliser ce Réel.

Ces diverses activités d’enseignements auront notamment pour objet ce qui a été appelé « doctrine analytique », c’est-à-dire un ensemble de savoirs recueillis dans l’expérience analytique par les fondateurs que sont Freud et Lacan. Parler de « doctrine » n’implique pas qu’il y s’agisse de dogme. La doctrine est analytique si elle est ouverte à la recherche, à la révision, à la critique, à de nouvelles avancées rendues possibles ou nécessaires par la clinique. Toute théorie garde en effet une structure de fiction au regard du Réel[4]. Considérée à sa juste place, la doctrine analytique est néanmoins indispensable pour se repérer dans la clinique. Toutefois, cette position ne va pas de soi tant l’histoire des institutions analytiques démontre la pente dogmatique qui menace les institutions analytiques. Il n’est pas rare que le dogme et l’analyste y règnent en maître. Lacan souhaitait que l’analyste soit un maître sans disciple. L’observation du milieu analytique démontre que son vœu ne s’est pas souvent réalisé. Espace analytique de Belgique veillera à éviter ce danger en maintenant un esprit critique créatif par rapport aux doctrines, surtout lorsque ces mises en question se réfèrent à la clinique.

Une autre façon d’éviter le dogmatisme est de prendre en compte qu’il n’y a pas qu’un seul détenteur du savoir psychanalytique. Certes, rien ne remplace la lecture des textes de Freud et de Lacan, qui en a renouvelé la lecture et qui a produit ses propres avancées. Mais, il importe de ne pas négliger les apports d’autres analystes qui, chacun à leur façon, et en fonction de leurs cliniques spécifiques, ont enrichi la doctrine psychanalytique : F. Dolto, D.W. Winnicott, M. Klein, O. et M. Mannoni, J. Oury et quelques autres.

Le dogmatisme n’est pas le seul risque qui guette l’enseignement. L’ennui surgit souvent de la répétition. Les enseignements veilleront donc à stimuler l’acquisition de ces connaissances, à réveiller l’esprit critique, à déranger les idées reçues et à encourager les liens avec la clinique sous ses diverses formes.

L’enseignement ne peut se limiter à la psychanalyse. Freud déjà a souligné la nécessité d’avoir une connaissance suffisante dans le domaine de l’histoire des religions, de l’anthropologie ; Lacan y a ajouté la linguistique, le structuralisme et la topologie. Aujourd’hui, il nous semble que l’analyste ne puisse cultiver l’ignorance concernant ces nouvelles disciplines que sont les neurosciences.

Enfin, l’enseignement de la psychanalyse ne peut être soutenu qu’à plusieurs. Enseigner à plusieurs ne vise pas à alléger la charge des responsables de l’enseignement, ni à réduire les points d’insus de chacun mais à permettre une lecture dialectisée des textes fondamentaux, lecture adéquate à leur objet et à l’Objet de la psychanalyse.

Aussi, Espace analytique de Belgique offre des lieux d’enseignement, où chacun organise son chemin en fonction de ses intérêts et des nécessités de sa formation, tout en évitant l’écueil de la standardisation du parcours. Espace analytique de Belgique désigné à cet effet deux interlocuteurs, Patrick De Neuter (02/733 61 48) et Anouk Lepage (0497/66 99 22) auxquels les candidats pourront s’adresser afin d'organiser leur parcours s'ils le souhaitent. 

Bruxelles, juillet 2015

Enseignement 2015-16 
 


 

[1] « Ce que le patient a vécu sous la forme d’un transfert, jamais plus il ne l’oublie, et il y attache une conviction plus forte qu’à tout ce qu’il a acquis par d’autres moyens », in Freud, S., « Le travail pratique » (1938), Abrégé de psychanalyse, Paris, Puf, 1978, p.45.
[2] Lacan, J., Variante de la cure type (1953_1955), Ecrits, Paris, Seuil, 1966, p.362.
[3] Sfez ,J., « La docte ignorance. Perspectives et foi chez Cues et chez Lacan ». Clinique lacanienne, 2005/2, 9, pp. 191-213. 
[4] Mannoni, M., La théorie comme fiction, Paris, Seuil, 1979 et Mannoni O., Fictions freudiennes, Paris, Seuil, 1978.

 

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