Caroline Eliacheff: "Les gens ont des ressources, parfois des ressources qu'ils ne connaissaient pas"

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Peut-on en sortir grandi, tant individuellement que collectivement ?

Les épreuves communes peuvent aussi révéler le meilleur, comme l’ont prouvé de nombreuses inventions collectives. Les applaudissements de 20h pour soutenir les soignants, la confection artisanale de masques, l’adaptation de l’activité de certaines entreprises... Elles mettent en lumière la plasticité ainsi que la résilience dont peut faire preuve l’être humain. Comment répondre aux défis suscités par la crise ? Comment l’humain déploie ses capacités d’adaptation pour y répondre ? Peut-on en sortir grandi, tant individuellement que collectivement ? 

Pour en parler nous recevons Caroline Eliacheff, pédopsychiatre et psychanalyste. 

La moitié de nos patients profitent de ce que nous proposons, et les autres reprendront ou ne reprendront pas. Ça a aussi des effets sur nous : nous ne sommes pas dans notre cadre habituel, nous sommes chez nous, au téléphone, ce qui est inhabituel, ou encore plus inhabituel par Skype. Curieusement ça nous demande un effort de concentration extrême, beaucoup plus que quand nous sommes dans nos cabinets. Quand nos patients entrent dans le cabinet certains disent "Comment allez-vous ?", nous on ne répond pas et au bout de trois fois ils ont compris que c'est plutôt nous qui pensons "comment allez-vous ?". Alors que là nous répondons, on est plus familiers que nous ne le sommes d'habitude, parce que nous sommes dans le même bain. Il y a une modification de la relation en ce sens. Nous nous rendons compte que ce rituel de l'avant fait partie de la cure.

Le confinement a-t-il un effet particulier sur les enfants ? 

Chez des enfants, on voit des choses auxquelles on ne s'attendait pas. On se disait : "ça va être terrible, les enfants ne vont pas supporter, etc". Il arrive au contraire que des enfants soient très différents de ce qu'ils étaient avant, comprennent parfaitement la situation. Avec les adolescents également, situation très contrastée. Les adolescents qui se retrouvent enfermés avec leurs parents c'est pas du tout la situation qu'ils souhaitent, c'est plutôt le moment où ils ont envie de se dégager de leur famille, de voir leurs copains, de sortir, etc. Là aussi on voit des situations très différentes avec des adolescents qui tout à coup prennent conscience, se heurtent à une réalité qu'ils n'avaient jamais envisagé. Et eux même ré-envisagent ce qu'ils pourraient faire, comment ils menaient leur vie, etc. Ça a des effets parfois extrêmement profonds et importants. 

Comment les gens réagissent-ils dans une période de confinement anxiogène ?

La période est anxiogène. Curieusement au début ça allait plutôt bien, maintenant certains sont effectivement plus angoissés. Et en même temps une certaine routine s'installe pour chacun d'entre nous et la routine est plutôt rassurante. C'est plutôt l'après qui est angoissant et pose des questions. La psychanalyse ne s'occupe en principe pas tellement de la réalité du moment et là nous y sommes tous confrontés. Il y a des gens qui vont moins bien, mais pas forcément toute la journée, mais ils se ressaisissent. Les gens ont des ressources, parfois des ressources qu'ils ne connaissaient pas. D'autres en ont moins et se trouvent effectivement dans des situations compliquées.

 

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