6 novembre 2020. Le mot de la présidente

 

La tournure actuelle de la pandémie et les nouvelles mesures gouvernementales prises ce 30 octobre 2020 nous obligent à revoir la façon dont notre association peut fonctionner et tenir ses engagements de formation et de recherche.
 
Nous devons nous résoudre à proposer la visioconférence pour nos activités quand cela est possible.
 
Notre « métier de contact », relevant du secteur médical est préservé de l’interdiction de pratiquer. Il va sans dire que nous devons affronter avec nos patients le surgissement de l’inattendu en acceptant que rien n’est plus prévisible.
Autrement dit, nous continuons à traiter le réel.
Nous avons de quoi faire.
 
En attendant de pouvoir nous retrouver et de pouvoir refaire société, restons connectés.
 
Anouk Lepage
Présidente d’Espace analytique de Belgique

 

 

5 septembre 2020. Le mot de la présidente

 

Avant d’occuper la fonction de présidente d’Espace analytique de Belgique je souhaite remercier d’abord, notre président sortant, Didier Ledent.

Didier Ledent a cofondé Espace analytique de Belgique.
Il a été un président droit et rigoureux. Sa curiosité culturelle aura largement enrichi ses interventions et son humour, non sans autodérision,  aura pimenté nos nombreuses réunions. Sa présidence a mis en exergue une prise de parole qui compte au sein du milieu analytique et qui continuera de compter.

Je le remercie pour ces trois années de travail en collaboration étroite. 

Je tiens aussi à faire part de notre reconnaissance à Nicole Stryckman qui quitte le conseil d’administration. 

Nicole Stryckman est une des initiatrices et co-fondatrices d’Espace analytique de Belgique. 

Elle n’aime pas les hommages mais sans elle, Espace analytique n’existerait pas et ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. 

Depuis notre fondation, elle nous a transmis avec une grande générosité sa lecture et sa culture de la psychanalyse. 

Elle a soutenu une rigueur de travail dans la lecture des textes, dans sa pratique comme analyste mais aussi dans l’institution. 

Toujours avec une très grande humanité.

Je souhaite enfin la bienvenue à Sylvie Antoine et Isabelle Taverna qui rejoignent notre conseil d’administration.

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Assurer aujourd’hui la Présidence d’Espace analytique de Belgique, c’est d’abord maintenir une orientation.

Une orientation donnée il y a plus dix ans au moment de la fondation de notre association.

Quand j’ai accepté  de me lancer dans cette aventure de cofonder une association de transmission et de formation à la psychanalyse, il y avait indubitablement une question de transfert, transfert de travail avec les co-fondateurs.

Mais pas uniquement.

Ce qui a aussi éveillé mon désir de m’inscrire dans l’écriture de cette histoire, c’est ce signifiant  « Espace ». 

Il s’agissait de fonder un espace.

C’est-à-dire fonder un lieu plus ou moins bien délimité au sein duquel peut advenir « quelque chose ». 

Et ce quelque chose seraient la psychanalyse et le désir de l’analyste. 

Bien qu’indéfini, mais non infini, un espace est marqué par des bornes et des repères.

A Espace analytique de Belgique, ces repères sont pour nous les apports des théories psychanalytiques de Sigmund Freud et de Jacques Lacan mais bien sûr aussi d’autres psychanalystes, comme Karl Abraham, Donald Winnicott, Mélanie Klein.

Cependant, partout où il existe un espace, il existe du vide. 

Tout espace, quoi que balisé, est constitué de vide.

Ce vide nous intéresse particulièrement par les différentes formes qu’il peut revêtir et par le fait qu’il n’est pas sans faire parler nos analysants.

Ce vide est cependant indispensable à l’émergence d’une pensée libre et d’une possible créativité. 

Vous noterez que le mot Espace trouve sa place dans le dictionnaire entre les mots Esotérisme et Espada.

Entre la doctrine énigmatique et l’homme qui donne la mort au taureau dans l’arène.

Loin d’une doctrine ésotérique, notre association se doit de garantir certaines lignes d’orientation et se doit d’arriver à les transmettre.
Loin d’être comme l’Espada, nos pratiques visent la jouissance qui mortifie, pour redonner de la vie.

Mais pour cela nous devons nous associer. 

Entre la destructivité de la pulsion de mort et les dérives imaginaires du groupe, nous réunir dans un but commun reste une des précieuses ressources de l’être parlant. Nous associer pour penser, pour lire, pour échanger, pour débattre, pour construire. 

L’espace ainsi créé par notre association offre à chacun la possibilité de prendre la parole au sein des différents lieux qui y sont dédiés, entre autre le séminaire des membres.

« L’homme est perdu dans l’immensité indifférente de l’univers, d’où il a émergé par hasard. Non plus que son destin, son devoir n’est écrit nulle part » Jacques Monod (prix Nobel de Médecine).

Devant cet état de fait, l’être-parlant cherche et met du sens.

Je choisis d’entendre le sens moins comme une signification que comme une orientation.

C’est donc entre orientation et espace que je vous propose d’occuper la présidence d’Espace analytique de Belgique pour les trois ans à venir, avec vous, avec le conseil d’administration mais aussi avec l’aide et le soutien du nouveau bureau. 

Deux thèmes me sont chers : le colloque « Passion de la mère » reporté au 16 et 17 octobre 2021 et la question de l’analyste en institution. 

Nous verrons comment l’avenir nous permettra de les travailler.

Anouk Lepage

Présidente d’Espace analytique de Belgique

 

 

 

5 mai 2020. Le mot du président   

Chères collègues, chers collègues,

Ce temps où règne un virus ravageur nous rappelle au cas où nous l’aurions oublié que c’est bien la nature qui nous tolère et non l’inverse.

Il nous rappelle que si nous savons construire des ponts, créer des œuvres d’art ou des mathèmes lacaniens que finalement nous ne sommes que peu de choses au regard de la nature, de la puissance de la nature. En effet, ce minuscule virus qui n’a ni pensée ni inconscient et encore moins de désir a le pouvoir de mettre une bonne part de notre si intelligente espèce à l’arrêt. Voilà qui nous amène à une plus grande humilité.

Pour ma part, je ne pense pas que nous soyons en guerre, mais plutôt que l’élation, le sentiment de toute-puissance, promu par le néo-libéralisme nous fait oublier l’existence du réel. Celui-ci dès lors se rappelle à notre bon souvenir.

Est-ce que cette crise va changer notre société comme le prédisent certains ?

D'autres, au contraire, considèrent cela comme une péripétie historique et prévisible dans le cadre des cycles du système capitaliste. En outre, dans la crise qui nous occupe actuellement ce n’est même pas le système capitaliste qui défaille comme en 1929 ou en 2007 puisque la cause de la crise économique qui s’annonce est extérieure au système lui-même, en l’occurence un virus. Ces économistes prédisent donc que cela ne va rien changer au système et qu'après la chute il y aura le rebond, comme toujours.

Force est de constater qu' après 1929 il y eut 1940 et que l’économie s’est remise alors à tourner à plein régime grâce aux usines d’armement. Dis comme cela parait bien cynique au regard de la catastrophe sociale de 1929 et des millions de morts de la guerre 40-45. Mais au regard de l’Histoire ou de l’économie, c’est juste un cycle.

Alors, changement de paradigme ou cycle historique ? L’avenir nous le dira.

Mais le constat que je fais ici devrait-il nous conduire au fatalisme puisque finalement l’Histoire ne ferait jamais que se répéter ?

Je ne le crois pas.

Et si nous, comme psychanalystes, nous fondons notre travail sur un désir bien particulier, ce même désir s’articule fermement sur ce que Freud appelait « la foi dans la méthode » .

Pareillement ici, dans la crise qui nous occupe, nous psychanalystes, nous gardons foi en la nature humaine et dans sa capacité à toujours se réinventer.  Mais nous n’oublions pas le réel.

Nous n’oublions pas la résistance, nous n’oublions pas les forces qui toujours s’opposent et, toujours, nous ignorons qui de pulsion de mort ou de la pulsion de vie vaincra.

Notre institution aussi doit penser à la fois le présent et l’avenir.

Dès lors, je vous informe que pour le futur proche, le CA a décidé de supprimer la journée d’été du 20 juin 2020, elle aura lieu en janvier 2021 et rendra compte comme nous en avons pris l’habitude, des réflexions issues des séminaires de l’année. Par contre, nous nous retrouverons le samedi 5 septembre pour un moment réservé aux membres et qui comportera en tout une assemblée générale.


Par ailleurs, certains séminaires continuent actuellement en visio-conférence ainsi que plusieurs intervisions, mais toutes les activités en présentiel, conférences, lundis de Bruxelles ou de Mons, samedi de Namur sont supprimées. Nous vous demandons de ne pas vous réunir conformément aux règles émises par le Fédéral et ce jusqu’en septembre. À partir de cette date, nos activités reprendront selon les modalités possibles à ce moment-là, nous n’excluons pas le recours aux visioconférences si nécessaire.

Par ailleurs, vous trouverez sur le site, trois articles que nous proposons à votre réflexion et qui traitent de la question du cadre de la cure dans ces circonstances bien particulières. Vous trouverez également deux interviews sur le même sujet.

Le Bureau reste disponible pour vos questions ou pour vous apporter du soutien dans ce moment inédit pour nous tous.

En vous souhaitant de rester tous et toutes en bonne santé ou pour certains de vous remettre au mieux.

Bien cordialement,

Didier Ledent

Président EaB

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JANVIER 2020. Le mot du président   

 Avons-nous besoin de l’institution ?

Nous assistons actuellement à un désinvestissement de l’institution, l’uberisation de la société n’en est qu’un exemple parmi d’autres. Cela permet au citoyen de donner son avis sur tout. Vous appelez un quelconque service, public ou non, et souvent dans la journée vous recevez une enquête où l’on vous demande d’attribuer à votre interlocuteur un certain nombre d’étoiles indiquant votre degré satisfaction. Cela semble aujourd’hui normal voir souhaitable.

Cela donne cependant une illusion aux consommateurs que nous sommes d’avoir une place et un pouvoir. Car face au désarroi de notre temps, ne sommes-nous pas avides d’illusion et de croyance comme en témoigne notre précipitation à adhérer aveuglément à toutes sortes de propositions novatrices ?

Cela ne vient-il pas en écho avec la crise de confiance dans les institutions, crise qui amène les citoyens à vouloir gérer les choses par eux-mêmes. D’où de nouveaux phénomènes comme la justice du peuple par voie de communiqué ou par des phrases assassines sur les réseaux sociaux. Cependant, régulièrement, la presse témoigne des dégâts délétères que cela produit sur certains sujets harcelés par leurs condisciples, ou sur la réputation des uns et des autres. En niant les institutions, notamment régaliennes, n’y a-t-il pas un risque majeur de voir la haine se déchainer ? À vouloir nier l’institution, ne doit-on pas craindre de voir l’institution faire retour, comme un retour du Réel, mais sous une forme autoritaire, ferment des dictatures et du renfermement sur soi et sur les traditions ancestrales ?

Et qu’en est-il de l’institution psychanalytique ? Il n’y a aucune raison de penser qu’elle soit meilleure qu’une autre. Mais pouvons-nous nous en passer ? Ne pouvons-nous pas penser que pour l’analyste, ne s’autoriser QUE de soi-même n’ait pas également un effet de retour du Réel, dans ce cas au détriment de nos patients ? Car cette phrase de Lacan, l’analyste ne s’autorise que de lui-même n’est pas sans poser question et à Lacan lui-même. N’est-ce pas pour répondre à cette question compliquée du passage à l’analyste qu’il a créé la Passe pour ensuite en faire un constat d’échec ? Doit-on pour autant en déduire, au vu de ce constat d’échec, que l’institution n’est plus nécessaire et que nous pouvons faire seuls ?

Je ne le pense pas.

Il est vrai que l’analyste ne s’autorise que de lui-même puisque ce passage à l’analyste il en réalise lui-même les effets. Mais Lacan d’ajouter ensuite, de lui-même et de quelques autres et que ces quelques autres veilleront à ce que seuls des analystes ne s’autorisent. On entend dès lors, si on suit le cheminement de Lacan, que c’est un petit peu plus complexe qu’une simple autorisation auto-normée. C’est un petit peu plus compliqué qu’une simple ubérisation par quelques amis et quelques patients, cinq étoiles, te voilà analyste.

Si en effet, « psychanalyste » n’est pas un titre, il n’en reste pas moins qu’il nous faut nous accorder sur quelques repères, sur quelques balises. L’institution analytique devient alors le lieu, nécessaire, pour trouver ces quelques autres, le plus radicalement autre possible, qui pourront prendre acte du passage à l’analyste, qui pourront prendre acte que cette autorisation de l’analyste n’était pas un vain mot.

L’institution analytique est aussi le lieu nécessaire d’échanges et de débats sur les questions de clinique et de théorie analytique et même si d’aucuns n’aiment pas le mot doctrine, je lui trouve pour ma part de nombreuses qualités à commencer par ce qu’il induit de prise de position d’un groupe d’individus. Je lui retire donc la connotation religieuse et surmoïque pour lui garder ce qui me semble être au plus près de l’acte d’un groupe, se rassemblant autour de quelques conceptions et quelques règles afin de pouvoir faire communauté, institution.

Voilà, ce que je nous souhaite pour 2020, cent ans après « Au-delà du principe de plaisir », qu’Espace analytique de Belgique, reste un lieu d’échanges et de repères cliniques et théoriques pour chacun et chacune, un lieu vivant ou la doctrine peut s’affirmer et se critiquer et qui amène ses membres à pousser plus loin leur formation afin d’arriver en ce lieu où l’autorisation d’un seul devient l’affaire d’un collectif.

En vous adressant mes meilleurs vœux pour l’an neuf.

Didier Ledent

Président d’Espace analytique de Belgique

 

 

 

Septembre 2019. Le mot du président

Les vacances, c’est fini !

Tant mieux diront certains, las d’avoir à s’occuper de quelques enfants peu disposés à se débrouiller seuls face au manque. Dommage, diront d’autres, avides, encore, d’expériences nouvelles et excitantes.

Dans les deux cas, la question du manque et du vide est centrale.

Qu’il est bien difficile aujourd’hui, dans notre temps, de rester à ne rien faire et éventuellement de s’ennuyer. Et pourtant, les impressionnistes de la fin du XIXeet du début du XX siècle (Renoir, Manet…) faisaient l’éloge du repos, les personnages faisant la sieste sous quelques platanes, et ce après un bon repas pris à la guinguette.

Faisons l’hypothèse qu’aujourd’hui, le manque et le vide se confondent. Mais en substituant le manque symbolique et de structure à un vide à remplir, le sujet contemporain fait fi de la question de la castration. N’est-ce pas ce dont témoigne notre clinique quotidienne ?

Car même si cette substitution est de tout temps, il faut bien constater que les symptômes se font aujourd’hui plus bruyants, extrêmes aussi, scarifications, auto-mutilations, tentatives de suicide, anorexie sévère, ou à l’inverse, l’inhibition amenant certains sujets à un total immobilisme.

Entendez-moi bien, je ne suis pas de ceux qui pensent que la structure de parlêtre de l’humain soit en passe de changer. Par contre, le symptôme, comme monstration, se fait, me semble-t-il, plus fréquent, situation somme toute logique dans un monde qui prône l’illimité de la jouissance.

Par ailleurs, nous constatons aussi que cela se combine souvent avec une récusation de la parole et du transfert.

Sans doute est-il plus simple, plus facile, de trouver quelque « thérapeute » permettant de renforcer la confiance en soi, autrement dit de renforcer le moi.

Nous retournons donc en arrière, niant l’apport de Freud et de Lacan, en en revenant à l’hypnose pré-freudienne et à l’ego-psychology tant décriée, à juste titre, par Lacan.

Nous ne pourrons sans doute pas aller bien loin en luttant à contre-courant, mais peut-être faut-il en revenir à une position plus humble quant au pouvoir de la psychanalyse tout en affirmant fermement la réalité de son action sur bien des sujets.

En quelque sorte, nous voici devenus, ou en passe de devenir, un petit village gaulois qui résiste à l’envahisseur, mais que je sache, l’histoire, se termine toujours bien et par un grand repas. Il faut dire qu’« il ne faut jamais parler sèchement à un Numide» petit exemple parmi mille autres, emprunté à l’œuvre d’Uderzo et Goscinny et qui témoigne de leur parfaite connaissance du jeu sur le signifiant.

En vous souhaitant une excellente année 2019-2020 au sein d’Espace analytique de Belgique et au plaisir de vous retrouver ce 21 septembre pour notre matinée d’ouverture de l’année avec Claude-Noële Pickmann.

Didier Ledent

Président


Janvier 2019. Le mot du président

Cher(e)s collègues,

Nous voici arrivés à la fin de la saison des films de Noël qui ont bien rempli notre espace télévisuel, comme chaque année. Nous allons maintenant entamer, dans ce lendemain du jour de l’an, la saison des bêtisiers qui là aussi vont bien occuper nos soirées. A condition bien sûr de vouloir peindre notre monde en rose.

Car en effet, nous ne pouvons qu’espérer des jours meilleurs si nous nous référons aux nouvelles du monde relayées par tous nos médias. Entre catastrophes naturelles en Asie, explosion d’une bombe artisanale en Egypte, femmes décapitées au Maroc, tweets de Donald Trump, retour à l’obscurantisme de plusieurs pays européens, crise politique en Belgique, et incurie face aux phénomènes migratoires et climatiques, rien ne pousse vraiment à l’optimisme

Dans ce chaos, les psychanalystes brésiliens ont décidé de franchir un pas, politique : ils ont rendu public le désarroi, les angoisses et le traumatisme de leurs analysants homosexuels et féministes face aux menaces de mort ou de violences qu’ils ont reçues de leurs copains de lycée ou d’université, partisans du président d’extrême-droite Bolsonaro. Mais, on le sait, l’histoire l’a montré, l’élimination de la psychanalyse, si ce n’est des psychanalystes, fait partie des premières mesures que prend un régime totalitaire. Manifestement, l’éthique du bien-dire représente toujours une menace qu’il s’agisse de dictatures d’extrême droite ou d’extrême gauche.

Cette éthique du bien-dire tout comme la régulation des jouissances rendent la psychanalyse fort mal adaptée à notre époque où prévaut « la dictature du bonheur » comme l’a démontré le livre de Marie-Claude Elie-Morin. Cette positivité à outrance qui caractérise notre temps cache cependant mal le malaise qui sans cesse s’accroit dans nos sociétés où l’inégalité sociale se creuse toujours davantage. Là aussi, l’histoire nous permet d’en connaître la suite, la rancœur mène toujours au choix des extrêmes, là aussi de droite comme de gauche.

Voici les défis qui seront les nôtres pour 2019 et pour les années qui viennent. Ces défis nous devront les relever aussi bien dans notre cabinet d’analyste, dans nos institutions quelles qu’elles soient comme dans notre vie de tous les jours. Et même si ce constat semble bien pessimiste, restons à l’affut des signes aussi minimes soient-ils d’une réaction de résistance ou d’opposition face aux temps qui arrivent au, « mal qui vient » pour paraphraser le titre du dernier livre de Pierre-Henri Castel.

Pour lutter, pour résister aux pires tentations, reste aussi l’art. En littérature, « My absolute Darling » de Gabriel Tallent, un livre fort, dur, mais essentiel de 2018. Et puis, actuellement, l’excellente exposition de la Fondation Boghossian à Bruxelles « Beyond Borders » ; au dernier trimestre 2019, la rétrospective Francis Bacon à Paris et puis le théâtre, la musique. Et encore, plus fondamental, il nous reste nos familles, l’amour et l’amitié. Oui, nous pouvons penser que dans cet univers obscur de petites loupiottes existent. Gageons qu’elles puissent éclairer le monde.

Dès lors, il n’y a pas lieu de déroger à la tradition de vous présenter mes meilleurs vœux pour l’année 2019, pour vous et votre famille.

Didier Ledent


Janvier 2018. Le mot du président

L’année 2017 fut une année riche en événements et en faire le relevé exhaustif relève de la gageure tant nos activités furent nombreuses. En tout cas, cette année prouve, une fois de plus, la vitalité de notre association.

L’enseignement a maintenant pris sa place dans l’association, il contribue à fournir un élément essentiel et fort dans la formation des analystes.

Le nombre d’ateliers proposés à la Commission enseignement et formation ainsi que leur fréquentation, qui reste stable au fil des années, est également fort encourageant. Les conférences des lundis à Bruxelles furent aussi très riches avec, pour certaines, une affluence record.

Le séminaire des Membres, ouvert aux adhérents, est un moment important et vu qu’il ne se déroule que trois ou quatre fois par an, je ne peux que vous inviter à vous libérer pour ce moment d’échanges et d’élaborations de ce qui fait la spécificité de notre Espace.

Enfin, nos activités à Mons et à Namur indiquent la vitalité et la ténacité de nos membres habitants dans ces régions.

Reste quelques moments importants en 2017 que je voudrais particulièrement relever.

La conférence de Gisèle Chaboudez sur le dispositif analytique a suscité de nombreuses réflexions parmi les collègues, au moment de la conférence comme dans l’après-coup, sur cette question essentielle du dispositif, question qui nous occupe tous et toutes au quotidien.

La conférence de Silvia Lippi et de Frédéric Vinot sur l’improvisation fut également fort intéressante par son thème et vu l’enthousiasme communicatif des orateurs.

Enfin, il est impossible de ne pas parler nos journées d’étude « Sublimation, symptôme et fins de cure ». La richesse des interventions et la qualité des échanges a été fort appréciée tant par les membres de l’association que par les participants extérieurs. Je pense que nous pouvons légitimement en être fiers. Il me tenait à cœur que ces interventions laissent une trace et j’espère que le projet de publication de certaines interventions dans « Figures de la psychanalyse » pourra être mené a bien.

Voici maintenant que 2018 montre son nez. Là aussi cette année est faite de belles promesses, au-delà de nos activités courantes.

Notez dans vos agendas, la prochaine conférence de Gisèle Chaboudez, ce 27 janvier, sur le thème « que peut-on savoir sur le sexe ? ». Cette intervention prend appui sur son dernier livre qui n’est pas sans poser de nombreuses questions que nous pourrons adresser à l’auteure.

Par ailleurs, une journée de travail est organisée ce 26 mai sur le thème « la théorie comme fiction, la fiction comme théorie ». Ce moment dont le titre renvoie à Maud Mannoni, fondatrice d’Espace France, nous permettra de mettre en dialogue la théorie analytique et les apports anthropologiques et artistiques comme en témoigne le choix des orateurs venant d’horizons divers.

Enfin, il est impossible de ne pas évoquer le contexte politique actuel qui jette l’opprobre sur l’approche psychanalytique. Espérons que la qualité de notre travail clinique comme la qualité de nos élaborations théoriques pourront nous permettre de continuer à travailler librement en restant attachés à notre éthique, soit l’éthique du bien-dire.

Je conclus ce mot, non sans vous avoir souhaité à tous et toutes une excellente année 2018 !

Didier Ledent
Président d’Espace analytique de Belgique

 

 

 

 

Le mot du président (06-2017)
(suite à l'assemblée générale du 17 juin 2017)

Chers collègues, je vous remercie pour la confiance que vous me faites ainsi qu’au bureau renouvelé.

Nous avons créé Espace analytique de Belgique le 18 juin 2010. On peut dire que nous avons réussi ce pari un peu fou. En témoignent la bonne santé de l’asbl Espace, car Espace est aussi une asbl qu’il faut gérer, mais aussi, et surtout, la qualité de nos activités, séminaires et ateliers comme nous l’avons encore entendu aujourd’hui.

Notre prochain défi est, me semble-t-il, d’assurer la pérennité de notre association. Peuvent y contribuer notre rigueur à tous, quel que soit notre statut dans l’association. Rigueur dans notre clinique, mais aussi rigueur dans nos activités de formation et de recherche pour reprendre l’expression se trouvant sous le logo d’Espace.

Il me semble aussi que notre pérennité sera assurée si nous cultivons ce qui nous est souvent renvoyé de l’extérieur comme de l’intérieur, à savoir l’ambiance qui règne dans nos rencontres faites d’une simplicité de ton, d’un respect mutuel et d’une ouverture dans nos références théoriques sur fond de notre orientation lacanienne. Encore faut-il particulièrement veiller à ce qu’ouverture et rigueur puissent se conjuguer.

Cette ambiance, ce droit de chacun à la parole, je compte, avec la vice-présidente Anouk Lepage, y être particulièrement attentif et je ne peux que vous encourager si vous avez quelques questions, quelques remarques ou suggestions concernant l’association à venir nous en parler.

Afin que l’association soit traversée par un mouvement collectif, j’ai fait la proposition au CA — qui l’a acceptée— d’organiser en octobre 2019 des journées d’étude, mais de les organiser différemment. En effet, tous les membres seront consultés sur le thème de ces journées et le CA, fort de ces avis, délimitera un thème. Ce thème sera mis au travail dans un séminaire mensuel réservé aux membres de septembre 2018 à juin 2019. J’espère ainsi à la fois multiplier nos occasions de rencontres et également que le thème de ces journées soit porté par l’association.

Pour conclure, je voudrais vivement remercier Cédric Levaque.

Si espace en est là aujourd’hui, nous le devons en grande partie à son dynamisme, à son sens inné de l’organisation, à sa diplomatie et son souci des autres, ainsi qu’à ses nombreuses idées et projets. Il n’a pas ménagé son temps et son énergie au profit de l’institution et nous l’en remercions.

Mais rassurez-vous, il ne va pas devenir inactif, nous comptons, le CA et moi-même encore utiliser ses nombreuses qualités.

Donc, pour marquer le coup, avant le prolongement de ce soir, j’ai le plaisir, Cédric, de t’offrir ce petit cadeau.

                                                                                                Didier Ledent
                                                       Président d’Espace analytique de Belgique

 

 

Le mot du président (01-2017)

Freud Il y a tout juste 100 ans, Freud publiait Une difficulté de la psychanalyse.

Dans cet article, il y commente la raison principale du rejet de la psychanalyse en évoquant les trois vexations narcissiques qu’a subi l’humanité de la part de la recherche scientifique.

La première est une vexation cosmologique avec Nicolas Copernic qui, à l'époque de la Renaissance, met en évidence que l’homme n’est pas le centre de l’univers. La seconde est une vexation biologique avec Charles Darwin qui établit que l’homme est issu du règne animal. Et enfin, la vexation certainement la plus douloureuse, la vexation psychologique issue de la théorie psychanalytique et de l’introduction des processus inconscients où Freud révèle combien « Le moi n’est pas maître dans sa propre maison ».

Il est un fait que depuis l’œuvre de Freud et avec les avancées de Lacan, l’approche psychanalytique n’a en effet cessé de subvertir le sujet moderne du savoir et ce, pour mieux laisser entendre les murmures du sujet de l’inconscient. Cette nomination qu’est le sujet de l’inconscient n’est d’ailleurs pas sans poser la question de son statut car reconnaissons-lui, à tout le moins, cette particularité d’engendrer un savoir dont le contenu échappe dès qu’il s’énonce. Les divers repères hérités notamment des apports théoriques de nos ainés sont certes essentiels mais, nous ne devons jamais oublier que nous avons constamment à les réinventer et ce, non seulement pour chaque cure mais aussi pour chaque moments singuliers d’une même cure.

Toutefois, aujourd’hui, le monde de la « santé mentale » donne l’impression de ne plus s’émerveiller de la singularité de la clinique tant la normalisation des soins au niveau politique ne cesse de réduire et de phagocyter l’espace de parole et de créativité. Or, cette espace de créativité n’est-il pas au cœur de la pratique de la psychanalyse ? La normalisation n’a-t-elle pas pour conséquence directe de pourvoir constamment du sens ? Et ce don de sens, ne dépossède-t-il pas les analysants de cette créativité ? La normalisation, recherchée en vain par le mouvement sociétal, engendre non pas de la rigueur clinique comme elle le souhaiterait mais simplement la rigidité de la standardisation et son effet de désubjectivation. Tout ceci n’est pas sans poser la question aujourd’hui de ce qu’implique d’être un sujet qui parle, autrement dit un sujet créateur.

Il y a 100 ans, lorsque Freud critiquait l’approche philosophique humaniste et classique qui concevait le sujet comme maître de soi, de la conscience et ce, afin souligner que le moi était avant tout une instance de méconnaissance et d’illusion, ne cherchait-il pas à mettre en évidence la fonction désaliénante, libératrice de la psychanalyse ? Or, il importe plutôt dans notre société aujourd’hui de ne plus penser et de rentrer dans les carcans des standards calculés scientifiquement prônant la maîtrise de la demeure psychique, autrement dit l’éradication du symptôme. Qu’est-ce que le symptôme si ce n’est justement cette créativité subjective.

L’une de nos tâches les plus importantes est donc de maintenir vivant le développement de la singularité psychique et ce, en continuant la transmission de la psychanalyse. C'est pourquoi, plus que jamais, nous avons à maintenir notre engagement concernant notre rigueur théorique et clinique. C'est ce que s'efforcent de conjuguer nos ateliers d’enseignements, nos ateliers, nos cycles de conférences à Bruxelles, Namur et Mons ainsi que nos groupes d’intervision. Ces derniers sont riches et précieux car ils permettent tant aux jeunes en formation qu’aux aînés de réinventer avec chaque patient leur clinique. Ce type d’échanges permet ainsi, au mieux pour chaque clinicien, chaque analyste, de garder la créativité nécessaire à sa fonction.

Aussi, en ce début d’année 2017, je vous souhaite, à toutes et à tous, une bonne reprise et beaucoup de plaisir dans votre travail.

Cédric Levaque
Président d’Espace analytique de Belgique

 

 

 

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