L’adolescence, hier et aujourd’hui.
Alain Vanier
2025
Journal français de psychiatrie, 2025/2 (n° 56) - p. 15-23
Le peu de fréquence du mot « adolescence » dans l’œuvre freudienne est notable, mot de toute façon rare à cette époque dans son emploi moderne. Dans l’histoire de notre langue, ce terme vient du latin adolescere – grandir. L’adolescent est celui qui grandit, qui devient adulte. Il est inscrit par sa dénomination même dans le temps. Jusqu’au xviie siècle, c’est le mot « adulte » qui a le sens qu’« adolescent » a pour nous aujourd’hui. Plus récemment apparaît un décalage qui laisse à l’adolescence un espace temporel.
Le terme que l’on trouve chez Freud est celui de puberté, en particulier dans les Trois essais sur la théorie sexuelle. L’accent est ainsi mis sur la question du corps. Il n’est pas évident pour la psychanalyse de donner une définition de ce que serait un adulte, si ce n’est « l’esprit de sérieux ». Si nous sommes conséquents, nous pourrions dire que l’adolescence n’apparaît pas tant comme un avant-coup du devenir adulte, mais plutôt comme l’après-coup nécessaire de l’infantile, après la phase de latence.
Pour Lacan comme pour Winnicott, l’adolescence interroge le lien social, le discours, à plus d’un titre. D’une part, comme destin singulier, car il s’agit à son décours de « s’entrer entre ses semblables » (Lacan), ou d’être « capable de commencer à s’identifier à la société » (Winnicott). Mais d’autre part, ce phénomène social d’apparition récente constitue aussi un trait du monde contemporain, manifestant la nécessité collective du traitement de ce qui objecte au collectif…